Globe 6 : texte Sommaire de l'atelier "Globe 6" <
Cette histoire est l’oeuvre des 4 classes suivantes, sous les ordres de l’Amiral Daniel Beugger, en charge de la flotte de la Bataille des Livres (et de son assistant technique Gilbert), conseillées par l’auteur Christian Jolibois. • À bord du “STE-CROIX” immatriculé dans le canton de Vaud, en SUISSE, commandé par Monique Winkler : Alicia, Aurélie, Benjamin, Charlotte, Corentin, Delia, Dominique, Eric, Gaëlle, Hemilly, Jean-Louis, Joanne, Jordan, Julien, Lionel, Loredana, Maurane, Nathan, Simon, Steve, Thomas, Xavier et Zoé. • À bord du “BOLE” immatriculé dans le canton de Neuchâtel, en SUISSE, commandé par David Bürki : Angélique, Chris, Damien, Jesse, Laetitia, Lucas, Magali, Mara, Maude, Mégane, une autre Mégane, Patrick, Samuel, Simon, Ricardo, Romain et Raphaël. • À bord du “JEAN JAURÈS” immatriculé à Morlaix, en Bretagne, France, commandé par Sarah Blanquet : Antoine L. et Antoine P., Anthony, Audrey, Baptiste, Clément, Dylan K. et Dylan L., Grégory, Marvin, Mathilde, Mégane, Mélissa, Océane, Pauline, Pierre, Prescillia, Samy, Sonia, Viktoria et Vincent. • À bord du “ST GEORGE” immatriculé dans le canton de Vaud, en SUISSE, commandé par Anne-Marie Renand : Antoine, Audrey, Ciara, Cloé, David, Emeline, Florian, Grégory, Joël, Justin, Kilian, Ludovic, Marine, Maxime, Nathanaël, Olivia, Romano, Sophie, Sylvain et Thierry. Chapitre 1 : Classe de M. Bürki, Bôle, Neuchâtel-SUISSE Le soleil brille très fort. Même dans la forêt de Davos, la chaleur est intense. Tout est sec, les branches craquent sous les pieds. Frédéric ramasse du bois avec son chien Miko pour terminer son bateau en modèle réduit. C’est un garçon de onze ans et demi, mince et petit qui a les cheveux roux et longs. Il les attache souvent en queue de cheval. Aujourd’hui, il transpire à grosses gouttes. Il regrette d’avoir mis ses habits préférés. Sa chemise grise à carreaux et son short ¾ sont trop chauds. Frédéric vient de trouver une belle planche de bois quand il entend le vent se lever. Les branches s’agitent, les feuilles tombent et se font emporter comme de la neige. Soudain, il entend des cris d’oiseaux et lève la tête. Un groupe d’oiseaux s’envole de la forêt et s’en va vers le sud. Le soleil devient violet. Il décide de suivre un moment les oiseaux pour comprendre ce qui se passe. Il se met à courir en évitant les troncs et les souches d’arbre. Après 10 minutes, Frédéric se retrouve sur la rive de l’étang et s’arrête, car il ne sait pas nager. Il regarde partir les oiseaux à travers les branches et baisse les yeux pour admirer l’eau. C’est alors qu’il voit des grenouilles sèches tout autour de l’étang. Il met la main dans l’étang et l’enlève tout de suite, car l’eau est bouillante. - Qu’est-ce qui se passe ici, se demande-t-il inquiet. Miko commence à aboyer parce qu’il a peur et se débat dans le sac à dos. Frédéric le sort et se rend compte qu’il a fait pipi sur ses beaux bouts de bois. Miko continue à aboyer et oblige Frédéric à le lâcher. Le chien s’enfuit très vite sous des buissons et laisse son maître seul. Frédéric appelle d’abord son chien, puis part à sa recherche. Après un moment, il ne trouve toujours pas son chien et décide de grimper sur un arbre. Il n’aperçoit pas son chien, mais observe au pied de l’arbre des dizaines de lapins qui s’enfuient dans la forêt. Tout à coup, la branche sur laquelle il est se casse et Frédéric tombe de l’arbre. Il se retrouve très surpris sur le dos d’une vache qui prend peur et s’enfuit à travers la forêt. - Que va-t-il encore m’arriver aujourd’hui, se demande Frédéric. La vache poursuit son chemin, quitte la forêt et se dirige vers une ferme. L’animal s’arrête dans la cour et laisse Frédéric descendre. Il entend des hennissements, des grognements, des meuglements et des cris d’oiseaux affolés qui viennent de partout. Surpris par tout ce vacarme, Frédéric court en direction de l’écurie, ouvre la porte et voit les chevaux pris de panique. Il saisit un seau rempli d’avoine et le tend dans leur direction. Les chevaux se calment et mangent. Notre garçon se précipite vers l’étable et découvre les vaches qui poussent des cris insupportables. Il leur donne alors du foin. Les bêtes rassurées, s’approchent et mangent dans sa main. Revenant dans la cour, Frédéric entend des miaulements qui proviennent de la cave. Il s’avance en direction de la porte et l’ouvre. Son regard se dirige vers un chat terrifié par son chien Miko qui s’était réfugié dans la ferme. Le chat paniqué, feinta et s’enfuit entre les jambes du garçon. Frédéric, fou de joie de revoir son ami, récupère Miko et le remet dans son sac à dos. Il remonte les escaliers de la cave et se retrouve dans la cour de la ferme. Droit devant lui, Un goéland attire son attention. L’animal aux plumes blanches bat des ailes et pousse des cris comme s’il l’appelait. Frédéric s’approche de l’oiseau et observe une écharpe en tissu enroulée autour de son cou. - Un goéland avec une écharpe, c’est rare, s’étonne-t-il. Il saisit avec mille précautions l’écharpe et le goéland la tourne avec son bec ce qui fait apparaître un message. Frédéric lit à haute voix : "Au secours ! Où sont passés les poissons ? L’eau monte, le village va se faire engloutir." Frédéric pousse un grand cri de terreur. - Est-ce un piège, un mensonge ou la vérité ? Que dois-je faire ? Dans tous les cas, je ne reste pas là ! Il part en courant jusqu’au village, l’écharpe dans sa main. Le goéland s’envole et le suit. Frédéric se précipite au centre de Davos. Il va à la laiterie de ses parents et annonce la mauvaise nouvelle. - Arrête de nous raconter des bêtises, répondent les parents qui s’occupent de servir les clients. Il monte dans sa chambre et essaie de téléphoner à ses copains, mais malheureusement, personne ne répond, car ils sont au match de hockey. Après tous ces échecs, Frédéric, toujours accompagné du goéland, se rend à la patinoire pour parler aux gens. Il ne peut pas, car il y a un match qui oppose Davos à la Chaux-de-Fonds. L’ambiance est trop forte pour qu’on l’écoute, alors il entre dans la salle de chronométrage et informe le public par le micro : - Le monde va être inondé, tout va mal ! Un goéland est venu m’avertir de la catastrophe. Croyez-moi et faites quelque chose !». Tout le monde éclate de rire sans le croire. Frédéric quitte la patinoire et relit le message dans toutes les rues du village. Personne ne le croit. Au contraire, les habitants rigolent. - Arrête d’inventer toujours ces histoires. C’est complètement faux ! Frédéric se sent ignoré et tout seul. Le goéland s’approche de lui et lui tend une aile comme s’il lui indiquait une direction. Frédéric décide d’agir sans ses amis et suit alors l’animal qui le conduit à la gare. Chapitre 2 : Classe de Mme Winkler, Ste-Croix, Vaud-SUISSE A Sainte-Croix Morgane est venue passer ses vacances chez son cousin Cédric. C’est le 24 décembre, la veille de Noël. Comme il fait très chaud à Sainte-Croix, Cédric invite Morgane à la piscine. Morgane est déçue, elle se réjouissait de skier. Pour se baigner, les vagues de l’océan, c’est quand même mieux que la petite piscine de Replans. Elle est inquiète, cette chaleur quand même, ce n’est pas normal ! Cédric l’accompagne à la gare, il lui porte ses skis. Elle traîne sa grosse valise. Ils arrivent sur le quai. Le petit train rose et blanc est déjà là. - Salut, à la prochaine Cédric. - J’espère que chez toi, le pays n’est pas inondé. - J’espère aussi, je t’enverrai un message. Kiwi le chien de Cédric leur tourne autour. - Kiwi ! Au pied ! Laisse Morgane prendre son train ! Morgane fait signe à Cédric. - Au revoir ! Déjà les barrières du passage à niveau se baissent. Le signal retentit. Le train démarre. - Au revoir Morgane. Morgane aperçoit encore Kiwi qui court après le train.... Elle sort son livre. Quand elle relève la tête pour un dernier coup d’oeil aux sapins du Jura, elle voit de la fumée. - Un incendie ! Vite il faut avertir Cédric. Elle sort son Natel et lui envoie un SMS. Cédric rentre de la gare. Il est seul avec Kiwi. - Bizarre ce qu’il fait chaud ! Il s’arrête devant les abattoirs. - Quoi ! Quarante degrés ! Le chien aboie. - Kiwi, arrête ! Le chien n’arrête pas d’aboyer et de tourner en rond. - Qu’est-ce qui se passe ? Snif, snif, quelle drôle d’odeur ! Ils arrivent aux Replans, petit hameau de Sainte-Croix où se trouve la piscine. - Horreur les buissons brûlent déjà autour des bassins. Le feu a pris dans les broussailles. Un arbre, puis deux, puis trois s’enflamment à leur tour. - A l’aide ! Mais Cédric ne voit personne. Le vent se lève en direction de Sainte-Croix Cédric est affolé. Son Natel sonne. Il y a un message : < - Je le vois bien ! Il sort de sa poche du papier et une plume et écrit : “ Les Replans brûlent, au secours, les pompiers ! - Kiwi, tiens, va porter ce papier à Bob, le pompier. Cours vite. Va ! Kiwi part à toutes pattes. Il tourne autour de Bob. - Qu’est-ce que tu fais là toi ? Le chien tourne en rond autour du pompier. Il lui saute dessus. Tout à coup, Bob aperçoit le papier. Il le lit et aussitôt il sonne l’alarme et monte dans son camion. Pendant ce temps, Cédric, resté seul, arrive en vue de sa cabane. Il voit les flammes s’en approcher. Il court, l’incendie est plus rapide et la cabane prend feu. Cédric entend : - Au secours, au secours, venez m’aider ! Cédric sors-moi de là. - J’arrive soeurette ! Cédric grimpe à l’échelle. - Viens dans mes bras Stéph. Je vais sauter avec toi. - J’ai peur, j’ai peur ! - Courage ! A trois, on saute ! Un, deux, trois ! - Ouf ! Sauvés ! Autour d’eux, dix arbres ont déjà brûlé. - Ça ne va jamais finir ? Où sont les pompiers ? On entend les sirènes. Ah, enfin, les voilà ! Kiwi saute du premier camion. Les pompiers s’activent. Un copain de Bob dit : Eh gamin, aide-nous à tirer les tuyaux. - Je ne m’appelle pas gamin, je m’appelle Cédric Critique et j’ai 9 ans. Le pompier agacé ne répond pas. Cédric s’éloigne avec son chien. Un écureuil est pris au piège. Une branche vient de lui tomber dessus. Il est sauvé parce qu’il est arrivé à se dégager et à sauter. Un chevreuil court vers eux. Une branche en flamme fait barrière. Il saute par-dessus. - Ouf, tu es sauvé toi aussi, crie Cédric. Maintenant, c’est un renard qui est retenu par sa belle queue. Il hurle de douleur. Il essaie de se dégager, mais n’arrive pas. Il va mourir. Cédric est bouleversé. Tous ces animaux entourés de flammes. Que faire ? Un pompier arrive vers lui en courant. Il saute par-dessus les herbes embrasées et emporte le renard. Le feu continue de progresser malgré l’eau qui s’écoule en rigoles boueuses. - Vite, vite Lionel, on n’y arrivera pas tout seuls. Il faut que tu appelles par radio les renforts d’Yverdon. Un peu plus tard, on entend les Canadairs survoler les Replans. Ils prennent l’eau dans le lac de Neuchâtel. Soudain, un pilote perd le contrôle et Cédric voit l’avion piquer et s’écraser au milieu des flammes. Tout le monde croit que le pilote est mort. Soudain, il apparaît. Tout le monde est soulagé. Un peu plus loin, ce sont des lièvres et des écureuils qui sont prisonniers. Cédric pense que les écureuils peuvent s’en sortir tout seuls. Mais les lièvres alors ? Une idée lui vient. Il va chercher Bob le pompier et ils partent à la recherche des lièvres. La fumée les enveloppe. On ne les voit plus. Cinq minutes ont déjà passé et ils ne sont pas encore revenus. Les autres pompiers s’inquiètent. Chapitre 3 : Classe de Mme Blanquet, Morlaix-FRANCE Morgane entre dans la gare, suivie de Cédric qui porte ses skis et du chien Kiwi. Les cousins se font la bise. Elle monte dans le wagon et s’aperçoit qu’elle est seule. La fillette s’assied près de la fenêtre en face de Cédric. Elle se demande ce qu’elle a bien pu oublier dans sa précipitation. Le train de 14 h 11 s’ébranle, suivi de Kiwi qui aboie. Elle regarde Cédric : il a disparu… Elle jette un dernier coup d’œil sur Ste Croix. “Mince, le feu aux Replans. Vite mon portable que je prévienne Cédric.” L’automotrice arrive à Yverdon-les-Bains à 14 h47. Morgane descend sur le quai et prend le train C.F.F. pour Genève, juste en face, qui part à 14 h 56. Elle trouve la dernière place assise près de l’allée. Il y a deux hommes qui fument dans le couloir, l’un et grand et maigre, l’autre est gros et court. On dirait une quille et une boule. Morgane a envie de rire. L’inter-city arrive à Genève à 15 h 47. Il y a beaucoup de monde. Les voyageurs affolés courent dans tous les sens. C'est la panique ! Elle a du mal à trouver son train. C'est difficile d'avancer jusqu'à son wagon non-fumeur. La vacancière se dépêche de mettre son bagage sur la plate-forme puis grimpe. Sa petite voix du dedans se réveille : “Vivement que j’arrive en Bretagne pour savoir si c’est inondé.” « Le train à destination de Paris partira à 16 h 43. Attention à la fermeture des portes ... Attention au départ. » Le chef de gare siffle. Les passagers sont nombreux dans le train. Il n'y a plus de places assises. Morgane avance péniblement dans le couloir et s'arrête au milieu des gens. Impossible de s'asseoir, à sa droite, une famille avec ses skis et la poussette, à sa gauche, une grosse dame bloque le passage. C'est la canicule en Suisse. Morgane aurait été mieux à la piscine des Replans que dans ce train. La fillette a chaud. Dans le wagon, le chauffage est en marche parce que c'est l'hiver. Le train est bondé. Avec son anorak et ses après-skis, elle transpire et se souvient qu'elle n’a que son maillot de bain en dessous. Depuis une heure notre voyageuse est debout, elle tourne sa valise et s'assied. Le train roule au fond des vallées. La nuit tombe sur la Suisse. La bretonne pense à son cousin : “Où est allé Cédric ? Lui qui rêve d’être pompier, il est peut-être parti les aider ! Pourvu qu’il ne soit pas en danger !” “Mesdames, Messieurs, nous vous informons qu’un wagon-restaurant vous attend en voiture 14.” Morgane réalise qu’elle n’a pas de sandwich, ni d’argent de poche et qu’elle ne peut pas se déplacer avec tous ces gens dans le couloir. “Une nuit sans manger” Morgane est triste, les cousins n’ont pas eu le temps de s’amuser, ni de passer de bonnes vacances et de faire du ski. L’écolière est tracassée parce qu’elle n’a pas dit à ses parents qu’elle avait des devoirs. Il va falloir les faire quand elle sera rentrée en Bretagne. Morgane n’a plus la bouche rieuse, mais elle ressemble au chien qui souriait à l’envers comme dans l’histoire de la Bataille des livres. La sportive est en sueur, elle transpire à grosses gouttes. Il fait au moins 40°C. Même pas une fenêtre à ouvrir ! Elle descend légèrement la fermeture de son anorak et entame sa bouteille d’eau de 25 cl. “Joyeux Noël à tous !” crie un passager au fond du wagon. Morgane sursaute : “C’est vrai, c’est Noël … les cadeaux… dans l’armoire de Ste Croix … Zut ! Zut ! Zut ! Pas de sandwich ! Pas de vacances ! Pas de ski ! Pas de piscine ! Pas de cadeaux ! Ras-le-bol de ce Noël !” Elle qui rêvait d’une boîte à musique pour la montrer à ses copines ! Un vieux monsieur, assis près de la fenêtre, lit tranquillement le journal. La fillette voit le titre à la une : “ MÉGA MARÉE CHEZ LES BRETONS ” Morgane s’évanouit … Chapitre 4 : Classe de Mme Renand, St-George, Vaud-SUISSE Julien voit que le niveau de l’eau commence à monter dans les rues. Lui, il ne s’emballe pas. Il reste « zen ». Il appelle ses amis, Tifany, Georges et Etienne, pour leur expliquer ce qu’il a vu. Ils se réunissent rapidement. - Mais qu’est-ce qu’on va faire ? disent-ils tous en chœur. Juju réfléchit un bon moment, puis il s’illumine comme une ampoule et dit : - Je sais, il n’y a qu’à construire une ville en bois sur pilotis ! - Mais on n’aura jamais assez de bois ! répond Tifany. - On peut demander aux habitants, propose Georges. - Oui, bonne idée, dit Etienne, allons-y tout de suite. Ils se mettent en route vers le village presque inondé. Ils voient des gens sur des toits et des personnes en train de nager. Quand les habitants voient arriver les quatre amis, ils crient : « Joie ! ». Julien leur dit que l’heure est grave et il leur explique son plan. - Ecoutez, j’ai un plan, dit-il. On va démolir toutes les maisons pour prendre leur bois. Ensuite nous reconstruirons des maisons flottantes et des radeaux pour pouvoir nous déplacer. Pendant cinq bonnes minutes, tout le monde reste silencieux, puis soudain un grand « BRAVO » retentit de tous les toits. Alors la destruction commence. On entend : des « pings, pangs, clacs, clocs » bref toutes sortes de bruits. Cela dure deux jours entiers. A l’aube du troisième, ils finissent. Il n’y a plus qu’un immense tas de bois. - Pour attacher les troncs entre eux il faut trouver une matière solide comme des lianes, dit Juju, comment trouver ça ? - Je vais voir si je trouve un ordinateur pour aller chercher ces renseignements sur Internet dit Tifany. - Nous nous allons voir ce que nous pouvons utiliser comme autres matériaux, informent Georges et Etienne. - Je vais voir vers mon grand-père, s’il a encore cette espèce de sous-marin qu’il avait bricolé quand j’étais petit, dit Julien. Les amis se donnent rendez-vous dans deux heures. Tifany trouve sur le site de Thierry une formidable recette pour fabriquer des lianes. Il faut prendre de l’herbe qu’on entoure autour du crochet d’une manivelle. On tire les brins tout en tournant la manivelle. Pliés en deux et retordus, cela donne une liane très solide. Ensuite, elle pirate un site pour chercher des informations sur les « bateau maison ». Avant qu’elle n’arrive au bout de ses recherches, elle entend des bruits étranges « grrzzrr » et l’écran devient tout noir. Elle s’affole et court, nage pour retrouver les autres. Georges et Etienne reviennent justement à ce moment-là avec plein de skis et quelques tonneaux. Julien revient également avec une bouteille à oxygène et une tronçonneuse pour scier les troncs trop longs. Il a trouvé son grand-père qui doit encore installer une lampe sur son engin, car il fait bientôt nuit et ils auront besoin d’être éclairé. Tous se mettent au travail. Ils construisent d’abord des radeaux et des barques à deux, trois, quatre et cinq places, afin que chaque famille puisse se déplacer lorsque l’eau sera plus haute. Ceux qui savent bien nager vont sous l’eau pour chercher des algues derrière les rochers, ou des longues herbes dans les champs noyés. Lorsque chaque famille aura son bateau, chacun se débrouillera ensuite pour construire sa maison flottante ou sur pilotis comme il le désire. Juju et ses amis iront alors voir si cette inondation s’étend sur toute le Belgique, toute l’Europe, car il n’ont plus de nouvelle des autres régions. Chapitre 5 : Classe de Mme Blanquet, Morlaix-FRANCE « Mesdames, Messieurs, vous êtes bien à bord du T.G.V. n° 26 323 à destination de Brest. Ce train dessert les gares de Rennes, Lamballe, Saint-Brieuc, Guingamp, Morlaix et Brest ». Quand elle entend « Morlaix », Morgane retrouve ses esprits. Elle se demande pourquoi elle est dans ce train et se souvient du titre du journal. Elle repense à la marée noire et revoit les oiseaux mazoutés, les plages recouvertes de boulettes de pétrole, les rochers tachés de noir, les poissons morts qu'elle a vu à la télévision. Les noms des pétroliers l'Olympic Bravery, l'Amoco Cadiz, le Gino, le Tanio, l'Amazzone et l'Erika lui reviennent en tête. En face d'elle, un jeune homme lit le Télégramme. « S'il vous plaît Monsieur, auriez-vous l'amabilité de me dire où cette marée noire se trouve » ? - Non, ce n'est pas une marée noire, c'est une grande marée, pire que la marée du siècle, répond-il. - Pourtant, ce n'est pas normal, ce n'est pas l'époque ! A l'école, j'ai appris que si la Lune, la Terre et le Soleil sont alignés cela provoque une grande marée, mais ce n'est pas le cas...» « Mesdames, Messieurs, le train arrive en gare de Morlaix, deux minutes d'arrêt». Morgane regarde par la fenêtre la vue du viaduc : l'eau du port est proche de la Manufacture des tabacs. « Morlaix, on est prié de descendre avant de monter ». La porte s'ouvre, elle prend sa valise et ses skis, puis retrouve soulagée ses parents. - Ouf ! C'est la fin de l'aventure » ! Les bagages sont mis dans le coffre et en route pour Térénez. La voiture descend la côte et croise celle des voisins qui monte péniblement. Leur automobile est remplie d'habits, de casseroles, de matelas, de sacs de couchage et de nourriture. Dès son arrivée, Morgane va sur la grève. La plage est entièrement recouverte par la mer. Il commence à y avoir de l'eau sur le parking. Les voitures glissent quand elles roulent. Tout le monde s'enfuit vers la montée, il y a un embouteillage au croisement. Morgane et ses parents restent seuls à Térénez. Morgane fait ses devoirs. La grammaire est dure, quant à la conjugaison elle trouve cela facile. Le soir est là. La Bretonne mange des côtes de porc et des spaghettis, elle en fait tout un plat. Brossage des dents, nuisette et au lit ! Au petit matin, elle ouvre un œil réveillée par le clapotis juste à côté de la maison. - Qui cogne aux portes ? Qui gratte à cette heure-ci ? Elle s'habille, se dirige vers l'entrée, ouvre la porte et voit des crustacés qui grattent dans la véranda. La laisse de mer est dans le jardin, les puces sautent partout. Il y a des moules, des patelles, des balanes, des bigorneaux et des anémones de mer sur le mur. Toute la faune de l'estran est là. - Ah ! Maman, Papa, vite, venez voir ! La fillette rentre, enfile son Kway, prend son seau, met ses bottes, attrape le V.T.T. Elle ramasse les animaux de l'estran sableux : l'étoile de mer, le couteau, les vers arénicoles pour les déposer sur les dunes de sable de Saint Samson par le sentier côtier. De retour chez elle, elle écrit à son cousin : Térénez, le 27 décembre Chapitre 6 : Classe de Mme Winkler, Ste-Croix, Vaud-SUISSE Fin de l’incendie aux Replans Soudain, la nuit tombe. Le pompier et Cédric ne sont toujours pas revenus. Bob et Cédric passent la nuit dans une vieille maison qui a échappé aux flammes. Le lendemain matin, vers 5 heures, Cédric et Bob quittent leur refuge et rejoignent les Replans. Les pompiers et ses parents sont soulagés. Bob dit : - Nous n’avons pas pu sauver les animaux. La ronde des canadairs est finie. L’incendie s’est éteint tout seul pendant la nuit. Tout le monde embrasse Cédric. Les maisons des Replans ont été épargnées. On a eu chaud ! En arrivant près de chez lui, Cédric trouve un petit lièvre inanimé près d’un tas de branches encore fumantes. Il s’approche de lui. - Oh ! Il respire encore. Vite, Cédric enlève les branches. - Aïe ! C’est encore chaud ! Il soulève une grosse branche avec un bois qu’il a trouvé tout près et dégage délicatement le petit animal. Il l’emmène avec lui et lui donne à boire. Il prend un linge et lui fait un bandage. Il l’installe ensuite au salon sous le ventilateur. - Stéph ! Viens voir, il y a une lettre de Morgane. Aïe ! Elle se fait presque inonder. - Vite, il faut lui répondre. - Mais non, sa boîte aux lettres doit être sous l’eau. - Que faire ? Les deux enfants se laissent tomber dans un fauteuil. Stéphanie allume la télé. - Nous interrompons notre programme pour vous montrer un travail extraordinaire... Cédric et Stéphanie voient alors un village inondé et une équipe de jeunes qui construit des radeaux. - Des jeunes courageux, sous la direction de Julien Lafripouille, dit Juju, viennent au secours des habitants de leur village. Cédric et Stéphanie voient alors Julien expliquer toute son action au présentateur de la télé belge. L’émission se finit sur cet appel : - Ecoutez-moi ! de partout, envoyez-nous des renforts ! Cédric trouve l’émission géniale. Il pense qu’il devrait faire la même chose que Juju. Il faut aussi montrer qu’il fait très chaud à Sainte-Croix et qu’il y a des risques d’incendies et qu’il faut sauver des animaux. Mais comment ? Cédric est inquiet. Il veut en savoir plus. - Où chercher ? Je vais aller sur Internet.... Il tape www.tsr.ch/journal. Il ne voit que des images de pays : Israël, Soudan, Belgique, même la Suisse. Il découvre alors qu’il fait chaud partout où il devrait faire froid. Il aimerait entrer en contact avec Julien et il cherche encore. Il n’arrive pas à trouver par Internet et se décide à envoyer une lettre à RTBF pour avoir l’adresse de Julien. Trois jours après l’incendie, Cédric voit au bord de la rivière une maison échouée. Il trouve un garçon dans la maison. - Ah ah ah ah, je souffre ! Ma jambe ! Cédric le tire en dehors. Il enlève son pull et le roule autour de la jambe du jeune homme. Cédric le traîne ainsi jusqu’à sa maison... Chapitre 7 : Classe de M. Bürki, Bôle, Neuchâtel-SUISSE Le goéland se pose sur un train stationné sur la voie 5. Frédéric réfléchit, descend par le sous voie et débouche sur le quai où se trouve le goéland. Avec son aile, l’oiseau lui montre l’intérieur du wagon. Frédéric décide de rentrer dans le train. Il s’assied sur un siège à côté de la fenêtre pour mieux voir le paysage. Miko, son chien, sort du sac à dos et se couche sur ses genoux. Une première secousse, une deuxième, les freins se desserrent sous des sifflements. Bientôt, la gare s’éloigne lentement et par la fenêtre, Frédéric regarde la forêt. « Mince, je n’ai pas acheté de billet et je ne sais pas où je vais ! ». Le garçon se lève et part à la recherche du contrôleur. Il se rend compte qu’il n’y a pas un passager dans les wagons. Il arrive à l’avant du train et frappe à la porte du conducteur. Personne ne répond. Frédéric pose son oreille contre la porte et entend des rires et des zozotements. Il ouvre la porte et aperçoit un bébé à la place du conducteur. Le petit enfant presse sur tous les boutons et s’amuse. Frédéric le prend dans ses bras et le pose à côté de lui. Il s’assied à la place du conducteur et prend les commandes. Il essaie d’arrêter le train mais ne sait pas comment s’y prendre. Il manipule plusieurs touches et le train accélère. Soudain, la locomotive se met à patiner, à bouger et se balance dans les sens. Frédéric se lève et voit que les rails fondent sous l’effet de la chaleur. « Au secours, le train va dérailler si je ne l’arrête pas. Où sont les freins ? ». A gauche du tableau de bord, Frédéric voit une manette triangulaire rouge. Il tire dessus et le train s’arrête brusquement dans un grand vacarme. Le train se penche et se retourne contre des arbres. Lorsque le train est enfin immobilisé, Frédéric se détache, prend le bébé et son chien. Il trouve la porte de secours et saute dehors. « Nous sommes sauvés ! ». Il longe le train et aperçoit le wagon restaurant. Frédéric laisse le bébé à la garde de son chien et s’enfile par une fenêtre ouverte. Il remplit son sac de sandwichs tombés par terre puis rejoint ses compagnons. Quand il arrive vers son chien, il voit le goéland posé sur une branche à côté de Miko. L’oiseau s’envole et montre le chemin à poursuivre. La petite équipe se met alors à marcher dans la forêt : le bébé sur les épaules de Frédéric et son chien le suivant à ses côtés. Après 1 heure de marche, Miko aboie en s’arrêtant, regardant droit devant lui avec des yeux méchants. Le goéland part loin derrière effrayé. « Surveille le bébé, je vais aller voir ce qui se passe » dit Frédéric à son chien. Frédéric s’aventure dans la forêt sombre et observe deux points jaunes dans l’obscurité. Rapidement, ces lueurs disparaissent mais il entend le bébé pleurer et des grognements de chien. Frédéric se retourne et court vers ses amis. En arrivant, il voit Miko se bagarrant avec un loup noir. Les animaux se mordent et hurlent les mâchoires ouvertes. Le loup éjecte Miko dans une flaque de boue au pied de Frédéric. Le temps s’arrête un instant. Le loup tend sa patte et la place sur l’épaule du bébé. L’animal fixe l’enfant avec un regard gentil. Le bébé rigole et monte sur son dos. Le loup poursuit le chemin et Frédéric ne peut que le suivre avec Miko effrayé dans ses bras. Ils comprennent que le loup veut les aider. Ils arrivent bientôt au bord d’un lac. Frédéric décide de s’arrêter pour manger et boire. Quand Frédéric se lève pour chercher du bois, il voit le goéland endormi sur un rocher et écrasé de fatigue. Il le prend doucement entre ses mains et l’amène au campement. Il lui fabrique un lit avec des feuilles et du bois. La nuit tombe et notre troupe se met autour du feu. Le bébé est depuis longtemps endormi tandis que Frédéric, couché entre le loup et le chien, observe les étoiles. Chapitre 8 : Classe de Mme Renand, St-George, Vaud-SUISSE Julien et Georges achèvent la construction d’un radeau qui va leur permettre de voyager. Juju vérifie minutieusement chaque étape de la construction. - Il faut qu’il soit solide, car je ne sais pas ce que je vais rencontrer ! dit Juju. - Tout à coup, ils entendent : « TUTU ». Juju garde toujours sur lui, dans son sac à dos, son ordinateur portable. Après tous les interviews qu’il a fait, il espère avoir des nouvelles des autres régions d’Europe. Il ouvre donc sa messagerie et trouve le mail d’un garçon Suisse qui s’appelle Cédric. « Bonjour Julien, Je m’appelle Cédric et j’ai 9 ans. J’habite à Saint-Croix au-dessus d’Yverdon. J’ai trouvé un garçon, tout seul, dans une maison-radeau à moitié délabrée. Il était blessé à la jambe droite et je l’ai conduit à l’hôpital. Il m’a dit que chez lui tout était sous l’eau. Comme j’ai vu votre reportage à la télé, j’ai pensé qu’il devait venir de votre région. Vous avez fait un travail génial ! Chez moi, il y a urgence car il fait super chaud. Il y a même eu un incendie ! Moi aussi j’essaie de sauver des gens et des animaux. Si tu venais chez moi, on pourrait faire une sacrée équipe ! » Curieux , Julien décide d’aller rejoindre Cédric pour l’aider à sauver les animaux. Tiphany, George et Etienne décident de rester en Belgique. Juju prend une carte, une boussole, des vivres pour le voyage et son portable. - Je vous donnerai des nouvelles! crie-t-il à ses amis. Il part en direction du sud-est. Après quelques kilomètres, il a un petit problème, car sa rame s’est fendue en tapant un objet flottant. Comme beaucoup d’objets flottent tout autour de lui, il doit faire plus attention. Plus tard, il voit un bébé chien qui est en train de se noyer. Il se dépêche d’aller le sauver. Quand il arrive vers lui, l’animal ne bouge plus. Il le prend sur le radeau et essaie de le ranimer. Lorsque le chiot se réveille, il l’enveloppe dans sa veste et se remet à ramer. Un peu plus loin, il voit un gros tronc. Dessus, il y a deux chats et un lapin. Juju saute à l’eau pour aller chercher le bois qu’il ramène vers le radeau. C’est dur car le tronc est lourd. Il charge les animaux et les enveloppe dans ses habits secs. Il déballe son pique-nique afin de reprendre des forces. Les chats et le chien se régalent de jambon et le lapin grignote avec plaisir un bout de carotte. Lorsque le vent souffle dans la bonne direction, il profite de se reposer et se laisse dériver en direction de la Suisse. Alors qu’il s’est endormi, il est réveillé par un choc qui l’éjecte hors de son radeau. Il s’est échoué sur une plage. Il demande à des gens où il se trouve et il apprend qu’il est à Yverdon, en Suisse. « YOURRA ! ». Il envoie un mail à Cédric pour lui dire qu’il est arrivé près de chez lui et profite de rassurer ses amis restés en Belgique. En attendant la réponse, il met à sécher ses affaires et voit que ses petits protégés vont bien, car déjà, ils commencent à courir et sauter autour de lui. - « TUTU » c’est Cédric. « Ne bouge pas, j’arrive ! » écrit le garçon. Chapitre 9 : Classe de Mme Winkler, Ste-Croix, Vaud-SUISSE Rencontre entre Cédric et Julien Cédric se rend à la gare pour acheter un billet de train pour Yverdon. - Mais mon p’tit gars, le train ne circule plus. Les voies sont inondées. Il rentre chez lui et va chercher son VTT, un vélo tout terrain qui peut rouler sur les chemins caillouteux du Jura. Il enfourche son vélo et descend à travers les gorges de Covatannaz en direction de Vuiteboeuf. Il continue vers Yverdon sur la route inondée. - J’ai les pieds dans l’eau ! Arrivé en ville, il s’achète des bonbons. Quand il ressort de la confiserie, l’eau lui arrive aux genoux. - Il faut que je retrouve vite Julien ! Il part à sa recherche. - Bonjour, est-ce que vous avez vu un certain Julien ? - Euh ! - Bip, bip... - Un nouveau message, pardon et au revoir. C’est écrit : “ Dépêche, je suis sur les escaliers du château ! Julien“. - Salut Julien. - Ah ! C’est toi Cédric ? Enfin ! - Ben, oui c’est moi ! Alors qu’est-ce qu’on fait ? - Je propose qu’on remonte chez toi, après on verra. Julien et Cédric louent un tandem à l’hôtel de l’Ours. Il y a beaucoup d’eau, ça glisse et ils sortent de la route. Le pneu avant crève et le tandem finit sa course contre un arbre. Comme le pneu est crevé, ils continuent sur la jante. Arrivés tant bien que mal aux Replans, les deux jeunes aventuriers prennent la direction de l’hôpital. - Entrons dans l’hôpital. Ça court dans tous les sens. Il y a du monde partout. Julien arrête une infirmière et demande : - Pouvez-vous nous dire où se trouve la chambre de Jimmy Casse-Cou ? - C’est la 82. - Salut Jimmy, ça boume ? Aujourd’hui, j’ai trouvé Cédric. Nous allons essayer de savoir pourquoi cette Terre tourne de travers. Tu nous aides ? - Ouais ! Cool ! Les trois aventuriers sortent de l’hôpital tout joyeux quand, tout à coup, ils entendent les sirènes de la banque. Dans le centre du village, la rue est bouclée par la police. Des voleurs masqués sont en train de cambrioler l’agence Raiffeisen de Sainte-Croix. Ils sont armés d’un pistolet et d’un fusil. - Ce sera plus difficile de les capturer, dit Cédric... Il a une idée. Comme il connaît bien l’endroit, il grimpe sur le toit de l’immeuble. Il trouve un filet oublié par le ramoneur. Il guette la rue et l’entrée de la banque. - 1, 2, 3 ! Je lâche ! Un des voleurs se prend dans le filet. Le second s’enfuit en courant. C’est au tour de Julien et de Jimmy d’intervenir. Ils barrent la route au voleur. Celui-ci lève son arme et s’apprête à tirer... Des policiers l’attrapent par derrière. Les trois aventuriers sont contents de leur réussite. Le banquier leur donne deux pigeons voyageurs en cadeau pour les remercier. Cédric va écrire un petit mot pour Morgane. Il attache la lettre avec une bague à la patte d’un des pigeons et l’envoie. A peine a-t-il décollé qu’il se prend dans les fils électriques et meurt. Cédric bague le second pigeon qui s’élance dans les airs. Trois heures plus tard, il arrive en Bretagne. Il survole ce qu’on voit de la maison de Morgane. Toute la région est inondée. Le pigeon heurte une cheminée et se casse une aile. Il ne peut plus voler. Morgane trouve le pigeon blessé qui allait se noyer et lit le message. “Dépêche-toi de venir à Sainte-Croix. L’incendie est éteint. Nous avons deux nouveaux amis pour nous aider. Nous t’attendons !” Chapitre 10 : Classe de Mme Blanquet, Morlaix-FRANCE Morgane se réveille la première. La mer a encore monté, la cabane est sur un îlot désormais. Impossible de repartir à pied. - On peut repartir à la nage ? - Non, il y a des piranhas et des requins ! - Argh ! Argh ! Argh ! Morgane appuie sur le bouton vert de son téléphone portable à la sonnerie de mouette. - Allo, c’est Morgane ? Ici c’est Iffig. Peux-tu me rendre un service ? - Ah, ça va être dur ! - Pourquoi ? - On est coincé dans la cabane des douaniers, elle est encerclée d’eau ! - Veux-tu que je vienne vous chercher ? - Ben, oui … Le pêcheur prend sa rame et se met à godiller vers Primel. Morgane ramasse ses affaires dans un sac et prend son V.T.T. Iffig accoste, embarque Morgane, ses parents et toutes leurs affaires. - Où allons-nous ? - À Morlaix !” répond en choeur la famille. La barque est remplie à ras bord. Elle manque de chavirer à chaque coup d’aviron. En passant, Morgane voit l’eau qui arrive aux fenêtres du premier étage de sa maison, mais aussi du pont-levis du Château du Taureau, le Cairn de Barnénez est menacé par les eaux. - Oh, regardez un goéland argenté, il a l’air mal en point. Arrête-toi ! Arrête-toi Iffig ! Morgane attrape la casquette du vieux marin et plonge la main sur l’oiseau sans se faire pincer. - Ce n’est pas un goéland, regarde son bec n’a pas de point rouge et il est plus petit. - Tiens, il a une bague, c’est un pigeon voyageur … - Oh ! un message ! - C’est Cédric, il nous appelle à Sainte-Croix ! - Allons prendre le voilier de mon frangin Loïc au port de Morlaix, répond l’homme. Le pêcheur remet son canot en route vers la rivière de Morlaix. Arrivé aux écluses, on ne voit plus les portes qui sont sous l’eau. Iffig amarre sa barque au catamaran de Loïc. - Allez, ouste, monte là-dedans moussaillon, dit-il à Morgane. Attrape les affaires, tiens ton vélo et attention au pigeon. - Maintenant, les courses ! Ils font une liste : pain, jambon, pâté, saucisson, beurre, yaourt, fromage, lait, légumes, eau - N’oubliez pas le gwin ruz 1 ! crie Iffig de la soute à voile. Morgane et ses parents grimpent vers le supermarché. Il y a foule… Morgane achète le Télégramme et lit la page Morlaix. Elle apprend que le sous-préfet prépare un discours pour le lendemain, qu’un grand Fest-Noz est organisé dans la cour de l’école Jean Jaurès ce soir à 20 heures et que c’est l’avant dernier numéro du Télégramme. Ils remplissent trois caddies puis “Yahoo !”, chacun le sien, ils dévalent la côte, “Bang ! Bang ! Bang !”, les caddies cognent la rambarde et tout dégringole comme par magie dans le bateau, sauf les bouteilles. Iffig est assommé par les boîtes de pâté Hénaff, le pâté du mataf 2 ! - Si on allait au Fest-Noz en rapportant les chariots ? - Non ! D’abord, on prépare le bateau ! Toi et ta maman, vous rangez les courses. Avec ton père, on va installer les voiles à leur poste. Morgane et sa mère se pressent de tout ranger dans les placards et les coffres pour que rien ne tombe. - Voilà, tout est à sa place. On peut aller au Fest-Noz ? - Allez-y sans nous ! On reste garder le bateau ! dit-il en sortant deux bières … Les deux filles partent à la fête bretonne avec leurs caddies. Dans la cour de l’école, tout Morlaix est là ! Le groupe “Boxty” joue de la musique irlandaise. Tout le monde danse. Morgane et sa mère rentrent dans la ronde des lavandières, tapent des mains, puis des pieds, tournent en rond, deux pas à gauche, lèvent le pied droit, deux pas à droite, lèvent le pied gauche. - Heureusement que je l’ai apprise à l’école, pense Morgane. À la buvette, tout est gratuit, offert par le super marché. Boissons à volonté ! Bonbons à profusion ! Gâteaux bretons à gogo ! La fillette remplit un sac de quatre-quarts, de crêpes, de galettes, de kouing aman pour Cédric et ses copains. À minuit, comme Cendrillon, tout le monde va se coucher. À onze heures, les Morlaisiens se réunissent devant le balcon de la sous-préfecture. Le sous-préfet, en habit brodé et culotte à bande d’argent, sort et commence son discours : - Messieurs et chers administrés … Il regarde la foule, oublie son texte devant la marée humaine et part en courant. L’homme appelle son chauffeur et se fait conduire à l’aéroport. Il monte dans le premier avion de la Brit Air et fuit Morlaix à l’inconnu. Le conseiller du sous-préfet informe les Bretons des décisions : - Madame, Monsieur, nous vous informons que les navires de la Brittany Ferries accosteront cet après-midi à 14 h 15 pour évacuer la population. Vous avez deux heures pour vous préparer. Heureux de vous avoir rencontrés, finit-il en tournant les talons. Morgane prend le tout dernier numéro du Télégramme, gratuit, et retourne au voilier. À midi, l’équipage avale un pique-nique et largue les amarres. En descendant la rivière, ils croisent les ferries qui remontent chercher les habitants de la commune. À l’avant de chaque bateau, un cormoran huppé fait sécher ses ailes. Pendant la descente au moteur, Morgane ouvre le journal, elle lit les titres et les amorces : DES VILLAGEOIS SAUVÉS PAR DES JEUNES SUR DES RADEAUX. L’aventure se passe en Belgique. Elle aurait bien aimé voir la photo du héros Julien Lafripouille dans le journal. GROSSE CHALEUR EN SUISSE. Un train déraille à vide. Le conducteur a disparu. Les rails fondaient sous l’effet de la chaleur. LE PONT-AVEN AU QUÉBEC. 2400 Morlaisiens partent pour Québec afin de trouver un nouvel endroit pour vivre. Le “Bretagne” prendra la route du Burkina Faso désormais au bord de la mer. Arrivés devant le Dourduff, ils hissent la grand-voile et envoient le foc. Le bateau glisse vers le Château du Taureau, dont la moitié a été engloutie par les eaux. Un dernier coup d’oeil sur la maison de Térénez, on ne voit que la cheminée. Iffig prend le cap de Primel, double la pointe puis se dirige vers les Sept-Îles. - Oh, regardez des macareux, on n’est pas loin des Sept-Îles ! - Ben, t’as pas reconnu le phare de l’Île aux Moines ? - Normalement, il est plus haut que cela ! - C’est normal, la mer a monté partout ! - Iffig, pourquoi les macareux ne sont pas en pleine mer ? - Avec la chaleur, ils ont dû croire que c’est la période de reproduction. - Il doit y avoir des fous de Bassan, alors ? - Tu crois que les 17 000 couples de fous de Bassan vont retrouver leurs nids sous l’eau ? - C’est une catastrophe, s’ils ne peuvent pas se reproduire ! Regardez un goéland marin ! C’est tellement rare d’en voir ! Oh ! il se pose en haut du mât ! Le catamaran dépasse l’Île Rouzic et ses fous de Bassan. Le goéland lève son aile tribord comme s’il voulait montrer le chemin. Dans les airs, un avion perd de l’altitude. Iffig reconnaît un CRJ de Brit Air. L’avion pique comme un fou de Bassan, mais ne remonte pas. - Je crois que nous avons perdu un sous-préfet !” s’exclame le capitaine. Le pilote n’a pas trouvé de piste pour se poser, il a fait demi-tour, mais il n’avait pas assez de carburant. Le bateau continue sa route en suivant les signes du goéland marin. - Dis-donc Iffig, qu’est-ce qu’il a autour du cou ? - Cela ressemble a une écharpe … - On dirait celle que j’ai perdue à l’école le dernier jour ! L’écharpe tombe sur le bateau avec un message de Frédéric. AU SECOURS ~ SUIVEZ CE GOÉLAND ~ MERCI - On a bien fait de suivre ce qu’il nous montrait ! Le goéland laisse tomber ses ailes devant les clochers de la cathédrale de Chartres. Il est 22 heures, Iffig décide d’amarrer le bateau au clocher de l’église. Il ne veut pas naviguer la , parce qu’il n’a pas de cartes et il n’y a pas de phares. Tôt le matin, toujours la première, l’aventurière se réveille, monte sur le pont et voit une dizaine de radeaux qui dérivent au gré du courant. - Bonjour, vous venez d’où ? - De Belgique, notre pays est inondé. - Où allez-vous ? - Vers les Pyrénées, et vous ? - Nous allons sur le lac de Neuchâtel. - Bonne navigation à vous. - Iffig, Iffig, le goéland n’est plus là. Le pêcheur se réveille en sursaut, sort de sa couchette et arrive sur le pont dans un caleçon à petits cœurs rouges ! - C’est quoi ces radeaux ? - Ce sont des Belges qui vont dans les Pyrénées. Le capitaine prend sa longue-vue de pirate, achetée chez un antiquaire et observe l’horizon. - Bizarre, Bizarre, cet oiseau avec sa longue queue rouge … Étrange, étrange, cette manière de voler … - Fais voir, fais voir Iffig, montre-moi. - Allons voir de plus prêt !” Iffig met le moteur en route, largue les amarres et rejoint l’oiseau. Les parents se réveillent, sortent de la cabine en vitesse, arrivent sur le pont. - Qu’est-ce qui se passe ? Vous avez déjeuné ? - Nous partons à la recherche du goéland marin. Le catamaran arrive sur les lieux, l’oiseau est posé sur un tronc d’arbre, en compagnie d’un naufragé, d’un chien et d’un bébé. Iffig lance une bouée accrochée à une des amarres, sauve le bébé, puis le chien, et enfin le garçon. Bonjour, comment t’appelles-tu, demande Morgane. - Je m’appelle Frédéric. - As-tu faim ? - Oh oui, et le bébé n’a rien bu depuis hier soir. Ils prennent leur petit déjeuner dans le cockpit pendant que le soleil se lève à l’Ouest. L’enfant raconte son histoire : - Les eaux du lac ont commencé à monter, je me suis réfugié dans un arbre, mon ami le goéland s’est coincé le bec. En l’aidant, la branche a cassé. J’ai passé toute la nuit à dériver. J’avais peur parce que je ne sais pas nager. Dans la nuit, j’ai perdu de vue mon copain loup. - Où habites-tu ? - À Bôle, près de Neuchâtel en Suisse. - Génial ! On y va voir mon cousin !” crie de joie Morgane. Un poisson volant atterrit sur le pont, le goéland l’attrape et le partage avec le pigeon. Le voilier prend la direction de la Suisse. 1 Vin rouge 2 Matelot Chapitre 11 : Classe de M. Bürki, Bôle, Neuchâtel-SUISSE Le voyage se poursuit maintenant avec un équipage complet. Bientôt, ils aperçoivent les lampes d’un stade de foot qui ressortent de l’eau. « C’est le stade d’Auxerre ! » s’écrie Frédéric. Il a à peine fini sa phrase qu’un coup de vent balance le bateau. Le voilier penche de droite à gauche violemment. Les membres de l’équipage prennent peur et le bébé se met à pleurer. Morgane se tient aux cordages des voiles et prend le bébé sous sa veste pour le consoler. Elle s’abrite dans la cabine et le berce. Le petit enfant se calme en même temps que le vent. Tout redevient paisible. Morgane et le bébé se regardent dans les yeux et il lui sourit. Elle le sert dans ses bras et dit à haute voix : - Tu t’appelleras Baptiste. - Bienvenue à bord Baptiste, s’écrient les autres enfants en chœur. - Si nous continuons à cette allure, nous arriverons bientôt à Dijon, prédit Iffig. A l’horizon, ils aperçoivent une ville détruite. On ne voit plus que les restes des toits. Le voilier slalome entre les débris. Iffig fait remarquer qu’une chose bizarre se rapproche du bateau. Frédéric et Morgane viennent à l’avant et voient alors un banc de poissons qui forme une ombre gigantesque. Soudain, les poissons percutent le voilier et des centaines de poissons sautent à bord. Les animaux marins frétillent sur le sol. Pris de panique, les enfants rentrent dans la cabine et ferment la porte. Par le hublot, ils reconnaissent que ces poissons sont des piranhas. - Je n’en ai jamais vu en France, mais cela doit être bon à manger, dit Frédéric. Ils décident d’en attraper quelques-uns et de remettre le reste à l’eau. Morgane et Frédéric prennent chacun un filet et commence le travail alors qu’Iffig prépare le repas. C’est un festin somptueux que s’offrent les enfants. Après avoir bien mangé, tout le monde s’endort sur le bateau, car la nuit est déjà bien avancée et la lune éclaire un horizon d’eau à perte de vue. Ils poursuivent le voyage en silence et passe sans s’en rendre compte Pontarlier et ses environs. Miko aboie soudain et saute sur son Maître. Frédéric se réveille en sursaut. Le chien tire son pantalon et l’emmène à l’avant du bateau. - Terre ! Réveillez-vous, le bateau va faire naufrage ! Iffig, arrête ton voilier ! crie Frédéric. Iffig cherche l’ancre et la lance au fond de l’eau. Il se précipite vers le gouvernail et change de direction. Morgane demande de l’aide à Frédéric pour affaler les voiles. Le bateau tourne, ralentit et se coince doucement entre deux rochers. Les enfants sortent du bateau et explorent autour d’eux. Ils découvrent un panneau qui indique la direction de Ste-Croix. - Suivons cette direction et nous rejoindrons rapidement vos amis Julien et Cédric, propose Frédéric. - Je ne suis pas d’accord de laisser mon bateau seul ici. Je préfère faire le tour par Genève et je vous rejoindrai à Yverdon, dit Iffig. - D’accord, je te laisse avec le voilier et nous y allons le plus vite possible. Bonne chance, lui répond Morgane en lui donnant un bisou. Morgane et Frédéric aident le bateau à repartir puis ils prennent le chien et Baptiste pour continuer leur chemin. Après une heure et demi de marche, notre équipe épuisée à mal aux jambes. Ils se retrouvent devant un ravin sans possibilité de passer. A ce moment, le bébé zozote « Abacadaba ». Morgane et Frédéric se penchent vers Baptiste et rigolent. En relevant la tête, ils voient un pont de pierre qui traverse le ravin devant eux. - Je trouve bizarre que nous n’ayons pas vu ce pont avant. Et en plus, Baptiste à essayer de dire « Abracadabra », dit Morgane interpellée. - Tant mieux pour nous, traversons sans tarder, répond Frédéric. Lorsqu’ils traversent, arrivés sur la dernière pierre, le pont se met à trembler et se casse. Les enfants sautent sur l’autre bord du ravin, mais Morgane glisse et ne peut que s’accrocher à une racine. Frédéric lui tend la main et l’aide à remonter. Ils font une pause pour récupérer puis repartent en direction de Ste-Croix. Ils marchent et arrivent au pied d’une falaise très haute. - Comment va-t-on faire pour monter ? demande Morgane. - Je vais sortir ma corde et on va tous monter. Il prend son sac à dos et l’ouvre. Pendant ce temps, Baptiste dit à nouveau « Abacadaba ». Les deux enfants regardent en direction du bébé et l’aperçoivent tout en haut de la falaise. - Est-ce que ce bébé aurait des pouvoirs magiques ? demande Morgane. Frédéric hausse les épaules et commence à grimper la falaise. Arrivés en haut, ils découvrent une forêt remplie de fumée noire. - C’est la forêt des Replans. Je reconnais là-bas Ste-Croix. - L’eau est montée jusqu’au bas du village. Regarde au bord de l’eau, il y un radeau. C’est peut-être ton cousin et son copain. - Oui, je le reconnais, c’est mon cousin, dit Morgane, Allons les rejoindre. Ils dévalent la pente et arrivent rapidement vers Julien et Cédric. - Salut Morgane, ça fait longtemps qu’on ne s’est plus vu, dit Cédric. Je te présente Julien, mon ami belge qui m’aide à sauver des naufragés. - Content de te connaître. Moi je vous présente Frédéric, un ami suisse que j’ai sauvé en route, lui répond Morgane. - Enchanté, dit Frédéric, voici Baptiste, un bébé mystérieux que j’ai trouvé dans un train. On dirait qu’il a des pouvoirs magiques. Il fait des choses extraordinaires depuis que nous sommes arrivés dans le Jura. - Il pourrait nous aider à retrouver un monde sans inondation, propose Julien. - L’eau continue à monter. Pour être en sécurité, allons au Mont de Baulmes. Je connais un chalet d’alpage là-haut, propose Cédric. - Bonne idée ! On y va, répond Morgane. Le groupe d’enfants marche et arrive au chalet. Dans le champ qui entoure la cabane, les enfants posent Baptiste et lui demande : - Pourrais-tu faire quelque chose pour résoudre les problèmes de la Terre ? A ce moment, Baptiste se met à sauter pieds joints et creuse un trou toujours plus grand. Le bébé tourne son bras autour de sa tête et dit « Abacadaba, te, toune aute sens ». Tout à coup, la Terre se met à trembler et l’eau s’infiltre dans de grandes crevasses qui se referment aussitôt. Le calme revient, les oiseaux se remettent à chanter comme avant. Tout semble redevenu normal en quelques secondes. C’est trop beau pour y croire. Les enfants sont rassurés et contents. Ils félicitent Baptiste et l’invitent à manger au restaurant. Ils rentrent dans le chalet, mais quand ils sont à l’intérieur, ils ne voient plus Baptiste. Il a disparu sans laisser de traces. Les quatre amis se mettent à table et commandent des beignets au fromage dans la bonne humeur. Durant le repas, Morgane reçoit un appel sur son portable. C’est Iffig qui n’y comprend plus rien : - Je me retrouve sur le toit d’un immeuble de Lausanne avec mon voilier. Il n’y a plus d’eau ! Savez-vous pourquoi ? Les quatre enfants éclatent de rire et finissent leur repas en imaginant le voilier suspendu dans les airs. Link to this Page
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